Dans le Monde Fantasmé de Trump, la Tech États-unienne pourrait se Passer des Étrangers… ça reste à voir !
Donald Trump a clamé qu’il « ne veut pas faire peur ou décourager l’investissement de nations ou entreprises étrangères aux États-Unis » dans un message posté sur son réseau Truth Social ; précisant que ces sociétés « et leurs employés sont les bienvenus ». Selon le président états-uniens l’économie américaine a besoin d’« experts étrangers pendant un certain temps, pour nous apprendre et nous former à la manière de fabriquer ces produits complexes ». Son espoir est que très rapidement les États-Unis seront capables « de faire mieux » que ces étrangers. Donald Trump prend-il ses désirs pour des réalités ?
La Tech États-unienne sous Perfusion aux Travailleurs Étrangers.
La main-d’œuvre étrangère n’est pas un simple substitut temporaire ; elle est une composante structurelle du secteur technologique américain. Loin de n’être qu’une composante marginale, elle y est surreprésentée de manière significative, occupant une part disproportionnellement élevée des emplois les plus qualifiés.
Depuis des décennies, le secteur de la tech aux États-Unis fait face à une pénurie de main-d’œuvre locale qualifiée, en particulier pour les postes de haut niveau dans l’ingénierie logicielle, l’IA, les semi-conducteurs et la recherche. Les entreprises, des géants de la Silicon Valley aux startups, dépendent des travailleurs immigrés pour combler ces lacunes.
Alors que les travailleurs nés à l’étranger constituaient 19.2% de la population active civile des États-Unis en 2024, leur part s’élève à 25.4% dans le secteur de l’informatique (IT). Cette concentration devient encore plus frappante dans les pôles d’innovation clés. Par exemple, une étude de 2025 a révélé que les travailleurs étrangers représentent un pourcentage stupéfiant de 66% de la main-d’œuvre technologique dans la Silicon Valley, un chiffre bien supérieur à la proportion de la population totale née à l’étranger dans la région, qui est de 41%. Pour certaines professions spécifiques, c’est très parlant : par exemple, près de 40 % des développeurs de logiciels aux États-Unis sont étrangers.
Pas d’Immigrés, pas d’Innovation !
L’apport des travailleurs étrangers ne se limite pas à combler un déficit de compétences. Ils sont un moteur d’innovation, souvent à la pointe de leur domaine.
Les travailleurs immigrés, en particulier ceux qui détiennent des diplômes de haut niveau, jouent un rôle crucial. Près de la moitié des travailleurs étrangers en science, technologie, ingénierie et mathématiques (STEM) aux États-Unis détiennent un diplôme de troisième cycle (Master ou Doctorat), soit une proportion nettement plus élevée que leurs homologues nés aux États-Unis. Ces diplômés sont souvent recrutés pour des postes de recherche et de développement de pointe. Parmi les travailleurs technologiques avec un diplôme universitaire dans cette région, environ 23 % sont originaires d’Inde et 18 % de Chine.
Leur contribution va au-delà du simple nombre, car ils sont également une force motrice de l’innovation et de l’entrepreneuriat, avec un grand nombre de fondateurs d’entreprises technologiques étant des immigrés ou des enfants d’immigrés. Près de la moitié des startups technologiques de la Bay Area sont fondées par des immigrés.
Une étude de la National Foundation for American Policy a montré que plus de la moitié des entreprises américaines valorisées à plus d’un milliard de dollars avaient au moins un fondateur immigré. Des entreprises comme Google, Tesla, ou encore Nvidia ont toutes été fondées ou co-fondées par des immigrés.
Quid des Moyens de la Formation et de la Recherche.
Pour que les États-Unis produisent suffisamment de talents locaux pour remplacer la main-d’œuvre étrangère, il faudrait un investissement massif et durable dans l’éducation et la formation en STEM, dès le plus jeune âge. Un tel changement de politique et ses résultats prendraient des décennies, pas quelques années, à se matérialiser.
Les universités américaines sont des pôles de recherche mondiaux qui attirent les meilleurs talents. La moitié des doctorants en ingénierie et en informatique sont des étudiants étrangers. Beaucoup d’entre eux restent aux États-Unis après l’obtention de leur diplôme et intègrent l’industrie ou fondent des entreprises. La recherche universitaire est une pépinière de talents qui, sans une politique éducative nationale forte, continuera de dépendre de l’immigration pour maintenir sa suprématie.
L’affirmation de Donald Trump selon laquelle les États-Unis pourraient rapidement cesser d’avoir besoin de travailleurs étrangers qualifiés en se contentant d’« apprendre » de leurs technologies est une erreur de jugement. Elle ignore le rôle central et structurel que jouent les immigrés qualifiés en tant que moteurs de l’innovation et de la croissance économique. Sans une politique éducative et un effort de recherche nationaux massifs et à long terme, la dépendance des États-Unis à l’égard des travailleurs étrangers dans la haute technologie est une réalité qui est là pour durer.
