Crise de la Dermatose Bovine : une Guerre des Syndicats.
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Crise de la Dermatose Bovine : une Guerre des Syndicats.

La crise sanitaire animale que représentait l’épidémie de dermatose bovine depuis le mois de juillet 2025 s’est transformée en ce début de mois de décembre en crise sociale dans le monde agricole, avec à la tête de la protestation deux syndicats, qui sont pourtant idéologiquement opposés sur beaucoup d’aspects de la cause paysanne, la Coordination Rurale et la Confédération Paysanne.

Alors que l’épidémie s’accélère dans le Sud-Ouest, avec de nouveaux foyers qui ont été détectés coup sur coup en Ariège, Hautes-Pyrénées, Haute-Garonne, Gers et Aude, le ministère de l’Agriculture vient d’annoncer, sous la pression, une extension massive de la vaccination obligatoire.

Au-delà du simple soutien à la détresse tout à fait compréhensible des éleveurs qui ont perdu tout leur cheptel et de ceux qui risquaient de le perdre dans les prochaines semaines, il faut bien comprendre les positions et les stratégies des différents syndicats agricoles qui ne défendent pas tout à fait les mêmes objectifs.

Au Début de la Crise, le Pari du Label « Indemne ».

Une Doctrine Sanitaire sous Contrainte Économique.

La doctrine officielle en vigueur en France et dans l’Union Européenne pour une maladie de catégorie A comme la DNC (Dermatose nodulaire bovine), impose effectivement un dépeuplement total (abattage) des foyers détectés afin d’éliminer la source du virus et d’éviter la propagation.

Cette décision est principalement orientée par une raison économique, à savoir la préservation du statut sanitaire national et l’impact sur les échanges commerciaux.

Le fait de mettre en place une vaccination généralisée sur tout le territoire national entraînerait, selon les règles de l’Organisation Mondiale de la Santé Animale (OMSA, anciennement OIE), la perte du statut de pays indemne de DNC.

Cette perte de statut est lourde de conséquences. Elle entraînerait des restrictions durables et importantes sur les exportations de bovins vivants, de semences et d’embryons vers les pays tiers (hors UE). Pour un pays exportateur comme la France, avec le plus gros cheptel d’Europe (17 millions de têtes), le maintien de ce statut indemne (même si des zones réglementées existent) est un enjeu économique majeur.

Tant que la maladie n’est pas considérée comme endémique, la stratégie privilégiée est l’éradication immédiate. La vaccination à large échelle, bien que protectrice, rend plus difficile la preuve de l’absence totale du virus, car elle peut compliquer la distinction entre un animal vacciné et un animal infecté.

Un Choix du Gouvernement Soutenu à la Majorité.

La stratégie sanitaire a été validée à plusieurs reprises au sein du CNOPSAV (Conseil National d’Orientation de la Politique Sanitaire Animale et Végétale). Ce conseil, qui réunit l’État, les services vétérinaires, et les représentants des filières, dont les syndicats, entérine les grandes orientations.

La FNSEA (et son allié Jeunes Agriculteurs) étant le syndicat majoritaire et le plus institutionnel, sa voix pèse le plus lourd dans ces instances. Elle a soutenu la stratégie gouvernementale qui vise à maintenir la position de la France sur les marchés internationaux (statut indemne), même si cela implique des mesures douloureuses pour certains éleveurs.

La Confédération Paysanne et la Coordination Rurale dénoncent précisément ce fonctionnement, qu’elles jugent trop rigide et trop orienté vers les intérêts de l’exportation et des grandes filières, au détriment de l’éleveur individuel.

Mais la dynamique du syndicalisme agricole français face à cette crise sanitaire cache aussi d’autres enjeux que le simple soutien à des éleveurs en détresse et à la défense du bien-être animal.

Contestation des agriculteurs contre l'abattage des élevages bovins.
Contestation des agriculteurs contre l’abattage des élevages bovins.

Une Contestation au Service d’une Guerre d’Influence.

Un Paysage Syndical Fracturé par des Lignes Idéologiques très Marquées.

La FNSEA et les Jeunes Agriculteurs ont un positionnement plutôt en faveur d’une agriculture productiviste et libérale. Ils priorisent la compétitivité internationale de l’agriculture française, en voulant le maintien du statut exportateur de la France. C’est en accompagnant des politiques agro-industrielles que ces deux syndicats cherchent à sécuriser les revenus par la production et l’innovation.

Il faut tout de même nuancer qu’ils défendent la « double performance », économique et environnementale, en incluant aussi le bio.

La Coordination Rurale est un syndicat patriote, protectionniste et libéral. Plutôt proche de l’extrême-droite, elle défend la liberté d’entreprendre pour l’agriculteur, avec des revenus par des prix agricoles plus élevés (non tirés vers le bas par l’OMC ou l’Union européenne). Sa priorité est la souveraineté alimentaire, qui passe par la protection contre la concurrence « déloyale » étrangère.

Elle se positionne clairement comme le défenseur d’une agriculture française contre l’Europe et le reste du monde.

La Confédération Paysanne est plutôt altermondialiste, sociale et écologique. Avec un positionnement idéologique à l’extrême-gauche, elle soutient les circuits courts et à l’agriculture de proximité, des règles environnementales plus strictes, ainsi que la promotion du Bio.

Elle prône un modèle de ferme à taille humaine qui va souvent à l’encontre des grandes structures d’exportation et de l’accaparement des terres.

Le Sud-Ouest dépassé par la Dermatose Bovine : le gouvernement sous pression.
Le Sud-Ouest dépassé par la Dermatose Bovine : le gouvernement sous pression.

Des Syndicats Minoritaires en Tête des Manifestations.

La représentation des syndicats est officiellement mesurée tous les six ans par les élections aux Chambres d’Agriculture. Ces résultats sont la base de la légitimité pour siéger dans toutes les instances de consultation (comme le CNOPSAV).

Les résultats des dernières élections (2019) confirment la domination de l’alliance FNSEA/JA qui représente près de 55% de part des voix dans les instances. La Coordination Rurale avec 20% et la Confédération Paysanne avec presque 19% sont minoritaires.

La crise actuelle s’explique aussi par cette dynamique du syndicalisme agricole français. Les mobilisations actuelles sont, en partie, une tentative des syndicats minoritaires pour regagner de l’influence en dénonçant une stratégie (l’abattage total) qui est soutenue par le syndicat majoritaire.

Puisque les syndicats minoritaires ne peuvent pas faire entendre leur voix ni changer la stratégie par la voie institutionnelle (CNOPSAV, Chambres d’Agriculture), ils recourent à la mobilisation de terrain et à l’interpellation médiatique pour :

  • Dénoncer la majorité : Affaiblir la position de la FNSEA en la rendant responsable d’une politique impopulaire (l’abattage des animaux).
  • Forcer la main de l’État : Utiliser l’émotion et la pression populaire pour obtenir des inflexions politiques (comme l’élargissement des zones de vaccination, que l’État a fini par accorder face à la colère).

C’est une stratégie classique pour les minorités syndicales : ne pas se battre sur le terrain des chiffres et de l’administration, où elles sont perdantes, mais sur le terrain de la légitimité morale et de la visibilité publique, où elles peuvent gagner.

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