Venezuela : Entre Espoir Démocratique et Piège Géopolitique.
L’arrestation spectaculaire de Nicolás Maduro par les forces spéciales américaines, annoncée par Donald Trump ce 3 janvier 2026, marque un tournant historique pour le Venezuela. Pourtant, derrière les images de « libération », une question brutale s’impose : le peuple vénézuélien est-il en train de retrouver sa liberté ou de simplement changer de maître ?
Ne soyons pas naïfs sur le vrai motif du crime.
L’Illusion du Sauveur : Trump, la Russie et la Chine.
Ne soyons pas naïfs. Le sort du peuple vénézuélien, ses souffrances et ses aspirations démocratiques ne sont pas la préoccupation première de Donald Trump, tout comme ils ne l’étaient pas pour Vladimir Poutine ou Xi Jinping.
Pour ces puissances, le Venezuela n’est pas une nation souveraine, mais un point sur l’échiquier de la géopolitique mondiale. Le mépris du droit international est ici le point commun à ces trois puissances.
Là où la Russie et la Chine voyaient en Maduro un rempart contre l’influence occidentale et un partenaire pour leurs propres ambitions impériales, Trump voit une opportunité transactionnelle. Il s’agit d’une réaffirmation par la force que les États-Unis sont les seuls maîtres dans leur zone d’influence : les Amériques.
Après avoir écarté la Chine du Panama, Trump a voulu montrer à Poutine et à Xi Jinping qu’ils ne doivent pas venir jouer dans son « jardin ». Pour lui, le Venezuela doit rester sous son contrôle, tout comme la Colombie ou Cuba.
Dans cette Realpolitik brutale, tous les prétextes sont bons. L’arrestation du « narco-terroriste » Maduro n’est qu’un habillage rhétorique pour couvrir des intérêts bien plus pragmatiques.

Un prétexte, une obsession, un seul mobile.
Même s’il fait fi du droit international, Trump se devait d’habiller juridiquement ce coup de force pour le vendre en interne. Il a utilisé un argument aussi fallacieux que grossier : Maduro, ennemi numéro 1, serait le responsable du trafic de drogue qui inonde les États-Unis.
Or, la réalité des chiffres est têtue : le Venezuela est une plaque tournante privilégiée vers l’Europe, mais sept fois plus de drogue passe par le Guatemala vers les États-Unis que par Caracas. Le mobile est ailleurs.
Mettre la main sur le Venezuela permettra également à Trump de parler d’immigration à sa base MAGA. En contrôlant ce pays, il s’offre un levier pour expulser massivement les migrants et fermer les vannes migratoires. Le destin des familles déplacées devient une simple variable d’ajustement de politique intérieure.
Enfin, le véritable mobile repose sur la stratégie « drill baby drill » : un deal clair dont les dividendes ne sont pas destinés au peuple vénézuélien, mais aux grandes entreprises pétrolières états-uniennes.

Avec 18,2 % des réserves mondiales, le Venezuela est une cible énergétique majeure. C’est un pétrole brut, difficile à raffiner, mais les multinationales sauront l’exploiter. L’implication « très forte » déjà évoquée par Trump suggère une volonté de contrôle des ressources bien plus qu’une aide à la reconstruction.
Quelle Sortie de Crise pour le Venezuela ?
L’Ombre du « Narco-Chaos » : Le Syndrome Libyen.
L’opération de la Delta Force a décapité le régime, mais elle a laissé un corps social et sécuritaire en place. La vice-présidente Delcy Rodríguez a déjà pris ses fonctions de présidente par intérim, soutenue par le haut commandement militaire, et annonce déjà qu’elle ne se pliera pas à la volonté de Washington.
Les hommes forts du régime sont toujours là, comme le redouté ministre de l’Intérieur Diosdado Cabello, lui aussi visé par un acte d’accusation présenté par Pam Bondi, la ministre de la Justice de Trump.

En éliminant la figure de proue sans démanteler les réseaux intermédiaires, les États-Unis ouvrent la porte à un « Narco-Chaos » sans précédent :
- Le Cartel des Soleils : Profondément infiltré dans l’armée, ce réseau criminel n’a plus d’arbitre. Si le pouvoir vacille, cela risque de déclencher une guerre intestine entre factions militaires pour le contrôle des routes de la drogue et de l’or.
- Le Tren de Aragua et les Colectivos : Ces groupes armés, orphelins de leur protecteur, pourraient transformer le pays en une mosaïque de fiefs criminels, plongeant le peuple dans une insécurité encore plus grande que sous la dictature.
Sans un plan de transition solide, le Venezuela risque le « scénario libyen » : la chute d’un tyran menant à une fragmentation violente et ingérable.
La Tentation de la « Démocratie Illibérale ».
Face à la résistance de ce qu’il reste du régime bolivarien de Nicolás Maduro, Trump pourrait être tenté d’installer un pouvoir proche de ses idées. Le péril majeur est l’importation du « modèle Bukele » du Salvador. En utilisant la soif de sécurité d’un peuple épuisé, la tentation sera grande d’installer un pouvoir autoritaire à la botte de l’Oncle Sam.

Ce modèle, fondé sur une police et une armée toutes-puissantes, assurerait l’ordre au prix des libertés civiles et au profit d’une nouvelle oligarchie financière. Celle-ci se partagerait les dividendes de l’or noir que Trump voudra bien leur laisser.
Une telle démocratie ne serait qu’un simulacre de liberté, où les décisions majeures seraient prises à Washington plutôt qu’à Caracas.
La Seule Issue : La Souveraineté Totale.
La démocratie ne s’exporte pas par les armes, elle se restaure par les urnes. La seule solution respectueuse et pérenne est le retour immédiat d’Edmundo González Urrutia, légitimement élu par le peuple en juillet 2024.
Il ne s’agit pas de remplacer une dictature idéologique par une oligarchie sécuritaire. La légitimité d’Edmundo González, épaulé par María Corina Machado, est le seul rempart contre l’anarchie. Le Venezuela doit être dirigé par ceux que le peuple a choisis, et non par ceux qu’une armée étrangère impose.

Ils sont les seuls légitimes pour reconstruire le pays, avec le soutien de la communauté internationale, et mener le peuple vers de nouvelles élections législatives.
Le respect du droit international et de la volonté populaire est la seule garantie pour que le Venezuela ne passe pas d’un cauchemar à un autre.
Respectons la démocratie. Respectons le Venezuela.
